











De retour de la sortie glisse, dans le bus, j’étais assis à coté de Neilson, le directeur de création, Canadien francophone, 53 ans.
Neilson est un peu le père de l’équipe : beaucoup de bienveillance, et une assurance qui invite à le respecter.
Son enthousiasme ne peut pas laisser indifférent, il est réellement passionné par ce qu’il fait. Il est le plus haut responsable visible. Au dessus de lui : le grand patron Guy Laliberté se montre très rarement.
Neilson m’explique que Guy se maintient volontairement très en recul de l’équipe de création, mais lorsqu’il donne un avis, c’est son avis qui prime. Dans le processus de création, il y a les étapes qui s’appellent les fosses aux lions:
le spectacle est joué devant Guy, et ça passe ou ça casse. Et lorsque Guy exige des modifications importantes, que ce soit d’ordre technique ou humain, il a toujours un budjet exceptionnel disponible que lui seul peut utiliser.
Mais bien sur, il est présent sur les décisions dès le départ, l’écriture du scénario, le choix des créateurs (mise en scène, chorégraphie, composition musicale, etc…) C’est lui par exemple qui a demandé deux chanteuses sur notre spectacle, alors qu’au départ, une seule était prévue.
Neilson a la tâche de répartir les postes : sur 75 artistes, tant de danseurs, d’acrobates, de clowns, de musiciens, en fonction des demandes des créateurs.
Aujourd’hui, il a encore deux postes non assignés, qu’il réserve au cas où Guy demande des personnages supplémentaires, ou qu’il assignera à des acrobates remplaçants.
Le personnage principal, Alice, joué par une québécoise de 20 ans, a une doublure qui la remplacera en cas de maladie, et qui suit le même training.
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Kaleen à droite, trapéziste et rôle principal, Anne à gauche, sa doublure.
Le processus de création : Neilson me dit que les acrobates sont ceux qui ont besoin du plus de temps pour maitriser un numéro. En comparaison, les danseurs sont beaucoup plus rapides. Puis viennent les musiciens, encore plus rapides. Il est arrivé sur certaines productions qui avaient beaucoup de retard (6 mois su Ka) que les musiciens soient renvoyés chez eux, tout en étant payés!
C’est ce qui a faillit nous arriver: qu’ils retardent encore notre venue parce que les musiques n’étaient pas prêtes, mais finalement, ils ont décidé de nous faire venir quand même. Je comprends mieux notre rythme de travail tranquille… et je m’y suis habitué sans problèmes.
Neilson me parle enfin du processus de création lui même, comme une expérience unique, difficile à décrire.
Lorsqu’au bout de plus d’un an de travail le spectacle prend vraiment forme, il se passe quelque chose de magique…
Ses yeux se mettent à pétiller. J’imagine ce qu’il veut dire.
Il dit : c’est une grande chance de faire partie de ce processus. Certains en redemandent, comme Daren, acrobate américain sur Ka à Las Vegas qui, après son contrat de deux ans, l’a supplié de faire partie de la création Macao.
ça peut être dur, sembler interminable, être très stressant sur la fin (pour toute l’équipe y compris les créateurs), mais … lorsque la création échape à ses créateurs et commence à vivre par elle même… la magie a opéré.
Aujourd’hui c’était la grande sortie glissade avec tous les artistes (75) et quelques personnes de l’équipe de création.
L’occasion de voir un peu du pays (à 1h30 de bus de Montréal), de respirer (le plus gros studio de répétition n’a pas la lumière du jour), et de se rencontrer différemment les uns les autres.
Au programme : descentes en tubes (grosses chambres à air), et en raft, ski de fond, patin à glace et traineau à chevaux.
Après avoir essayé les tubes et le raft (beaucoup d’attente pour quelques secondes de glisse), je suis parti en ski de fond et j’ai rejoint un groupe dont Maria la chanteuse avec une autre suédoise, un danseur noir américain hyper fort en danse mais qui n’avait jamais chaussé de skis et Danika, une gymnaste australienne spécialiste de trampoline, qui tenait à peine sur ses skis.
C’était hilarant : les deux suédoises se sont retrouvées à tirer l’américain dans les montées, qui n’arrivait pas à s’arrêter dans les descentes et entrait en collision avec l’australienne.

Celui ou celle qui devine la signification exacte de ce panneau gagne une entrée au Cirque du Soleil.

Traversée du fleuve St Laurent gelé
Merveilleux week-end passé avec Michèle et Noémi à Québec. J’ai l’impression d’être allé au fond de l’hiver. Grand bol d’air
De retour à mon équipe, on parle du départ à Macao : plus que 20 jours.

Jennifer, danseuse américaine qui vient d’avoir son premier maquillage.
On va tous y passer, et apprendre à le faire nous même : 1h minimum devant la glace.

Thierry, l’assistant de la compositrice. C’est lui qui fait l’intermédiaire entre elle et les musiciens, entre elle et les danseurs, il écrit les partitions et essaie de satisfaire tout le monde (par exemple changer de tonalité lorsque qu’elle n’est pas idéale pour un instrument, ou rajouter des mesures en fonction des demandes du chorégraphe), gros boulot.
Cet après midi, la compositrice et lui assistaient à notre répétition, elle est très encourageante et commence à nous donner des indications un peu plus précises. On commence à trouver une cohérence entre les musiciens, et à connaitre suffisamment les morceaux pour y mettre de l’intention et de l’émotion (malgré l’écoute au casque pas toujours flatteuse).
Thierry me dit : une fois le spectacle lancé, tu auras plein de temps libre pour tes propres projets à Macao. J’ai du mal à le croire, mais je retiens…
(Mise à jour : il avait reaison.)

Cirque du Soleil will see its first resident show in Asia debut at The Venetian® Macao-Resort-Hotel next summer.
This brand new 90-minute mega-production brings together 75 high-calibre artists from all four corners of the globe. Presented in one of the most impressive theatres ever created by Cirque du Soleil, the show will immerse its 1,800 spectators in an unforgettable experience.
Keep your eyes and ears open, the adventure will soon commence …
(”Macao” is also spelled as “Macau”. Show is on the Cotai Strip between the islands of Macau and Taipa.)
Visit the Sands Venetian Macau website at
www.venetianmacao.com

Sophie, merci pour ton message, il m’a fait craquer!
Bizoo bizoo, je te redonne ton mot de passe par mail
Il y a des fois, on a l’impression de ne rien faire.
Ce matin, bus à 8h30 pour le Quartier général, juste pour une réunion de 20 mn à propos des chaussures de scène. La femme qui s’en occupe nous demande si on a des exigences particulières, car ils ont déjà eu des artistes se plaignant d’avoir mal aux pieds…
Réponse : on veut des chaussures confortables. Ok, on va voir ce qu’on peut faire…
Puis encore une heure de bus pour retourner au studio musique, où c’était pratiquement l’heure de manger (j’ai juste eu une demi-heure pour installer mon pédalier midi envoyé 10 jours avant par Mathias). Puis, de nouveau une heure de bus pour le studio acrobates pour assister à un numéro de trampoline plus danseurs, puis… 17h, l’heure de rentrer (encore une heure de bus).
Nouvelle discution avec l’assistante chorégraphe dans le bus. Ils ont essayé au début de créer conjointement les danses et les musiques. Les chorégraphes proposaient un tempo, la compositrice proposait des idées musicales, puis les chorégraphes demandaient des changements d’ambiances à tel moment, et ça avançait comme ça. Mais ça demandait énormément de temps. Actuellement, la compositrice fait des propositions en suivant les indications du metteur en scène, et les danseurs travaillent sur des maquettes. Les dernières maquettes ne sont pas abouties, et certaines mélodies sont mises en boucle sur plusieurs minutes, ce qui fait évidemment peur aux musiciens : ce n’est pas toujours très musical…
Une ancienne violoniste du spectacle Delirium m’écrivait ce weekend que ça dépend beaucoup de l’entente entre le compositeur et les musiciens. Si les musiciens ont des idées qui plaisent au compositeur et qu’il y a une confiance mutuelle, ça peut bien se passer pour tout le monde : les musiciens se sentent libres. Mais nous avons eu vent que notre compositrice avait eu des conflits avec les musiciens de son dernier show parce qu’ils s’étaient trop éloignés de ses indications.
Autres questions : dans les maquettes, il y a plein de sax et de clarinette, alors qu’aucun musicien n’en joue.
à suivre.